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La visite historique de Trump en Chine : une défaite pour le parti de la guerre

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S&P—La visite du président américain en Chine représente un échec retentissant pour les partisans de la guerre permanente et pour tous ceux qui s’opposent au rapprochement entre les deux pays. Il s’agit d’un événement véritablement historique, de par l’accueil chaleureux que lui ont réservé le président Xi Jinping et l’ensemble du peuple chinois, ainsi que par les accords « miraculeux » qui ont été signés à cette occasion, comme les a qualifiés le ministre chinois du Commerce, Zhong Shan.

Les médias occidentaux, dont on croyait qu’ils avaient déjà atteint le tréfonds des caniveaux, ont semble-t-il découvert de nouvelles strates insoupçonnées de cynisme, de bêtise et de mauvaise foi. Avec tous les dangers que cela comporte. John Robert, journaliste reporter à Fox News, accuse Trump de collaborer avec les communistes et les dictateurs ; la une du Washington Post titre « Comment la Chine va-t-elle se jouer de Trump ?  » ; le sénateur du Connecticut, Richard Blumenthal, accuse quant à lui le président de « collusion » avec la Chine, etc... On se croirait 50 ans en arrière, en pleine Guerre froide. De leur côté, les médias français jouent dans le même registre, bien qu’avec un cynisme aux contours et aux ornementations plus raffinés.

Une visite historique

Le gouvernement chinois lui-même a qualifié cette visite de « visite d’État plus » ; jamais aucun chef d’État n’a été reçu de cette manière depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949. Le tour de la Cité interdite, organisé par Xi Jinping afin de faire découvrir à Donald et Melania Trump l’histoire et la culture chinoise, est quelque chose dont aucun dirigeant d’aucun pays n’a pu bénéficier, depuis la création de la Cité interdite au XVIIe siècle. Les deux présidents et leurs épouses ont assisté à trois représentations de l’Opéra de Beijing, dans le Belvédère des sons agréables, en plein cœur de la Cité interdite.

Lors de cette visite, Trump a montré au président chinois et à sa femme une vidéo sur une tablette, dans laquelle sa petite-fille de six ans Arabella Kushner chantait plusieurs chants et récitals en mandarin, après les avoir dédicacés à « Grandpa Xi  » et « Grandma Peng ». La vidéo est devenue immédiatement virale sur Internet. Comme le fait remarquer Wu Xinbuo, directeur du Center for American Studies à l’Université de Fuban, « trois générations de la famille Trump ont rencontré Xi, ce qui est très personnel ». Cet aspect personnel de la relation entre les deux dirigeants est essentiel.

Lors de la conférence de presse commune des deux présidents, Xi a déclaré que « la Chine est prête à travailler avec les États-Unis dans le respect mutuel, à coopérer dans la réciprocité et le partage des bénéfices, et à gérer et à maîtriser nos différents. (…) Nous pensons que les relations sino-américaines ne concernent pas seulement le bien-être de nos peuples, mais également la paix, la prospérité et la stabilité mondiales. » Xi et Trump se sont dit d’accord sur le fait que la coopération était « le seul choix viable » pour la Chine et les États-Unis, et qu’un futur meilleur n’était possible que par une coopération « gagnant-gagnant ».

Trump a affirmé pour sa part qu’ « il n’y a pas de sujet plus important que les relations sino-américaines. Nous avons la capacité de résoudre les problèmes du monde pour de nombreuses années ». Sur un ton diamétralement opposé à celui du donneur leçon qu’était Obama lorsqu’il s’adressait à la Chine, le président américain a conclu : « nous avons une grande responsabilité sur les épaules, président ; c’est vraiment une grande responsabilité. Et j’espère que nous saurons nous montrer à la hauteur et aider nos pays et nos citoyens à réaliser leurs destinées et leurs pleins potentiels ».

Le premier pas des États-Unis sur la Nouvelle Route de la soie

Un total de 253 milliards de dollars d’accords économiques a été signé entre les deux pays, dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie, du transport et de l’agroalimentaire. L’un des objectifs économiques était de combler le trou abyssal de 380 milliards de dollars qu’était devenu le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine, principalement en raison des interdictions imposées sous la présidence Obama contre la vente aux Chinois de produits à usage « double », c’est-à-dire pouvant être utilisés à des fins aussi bien civiles que militaires. Pendant la conférence de presse, Trump a d’ailleurs déploré le fait que les précédentes administrations aient laissé les choses dériver ainsi, et affirmé, ce qui est remarquable, qu’il comprenait que les dirigeants chinois aient profité de cette lacune américaine.

Le gros des accords concerne le secteur énergétique, avec par exemple un investissement de 83 milliards en Virginie occidentale, et de 43 milliards en Alaska. Puis vient l’aéronautique, avec 300 avions Boeing vendus à la Chine, pour 38 milliards. Gong Ting, chercheur à l’Institut chinois des études internationales, remarque dans le Global Times que « ces accords vont permettre dans le futur un développement économique qui se traduira par une amélioration du niveau de vie des populations, une création d’emplois et une augmentation des revenus fiscaux dans les deux pays ».

Si le président américain n’a fait aucune déclaration explicite sur le fait que les États-Unis rejoignent l’initiative une ceinture et une route (BRI) lancée par la Chine, l’accord passé entre General Electric et le Fond de la Route de la soie, qui vise à développer conjointement les réseaux électriques le long des Nouvelles Routes de la soie en Asie centrale, constitue un premier pas concret dans ce sens.

Et l’Europe ?

Dans sa conférence internet hebdomadaire sur les Nouvelles Routes de la soie, notre amie Helga Zepp-LaRouche, présidente internationale de l’Institut Schiller, a souligné l’importance de ces développements : « Connaissant l’état d’esprit du président Xi, et compte tenu de la dynamique résultant du XIXe Congrès du Parti communiste chinois, où Xi Jinping a fixé pour 2050 l’objectif de bâtir ’une communauté pour un futur partagé de l’humanité’, je pense que le voyage du président Trump représente une gigantesque avancée dans la bonne direction. (…) Un nouveau système économique intégré est clairement en train d’émerger, et le problème est que les Européens – tout du moins l’Union Européenne et le gouvernement allemand – restent pour l’instant à l’écart. Et, comme l’a récemment dit un homme d’affaires, ’s’ils ne sautent pas dans le train, alors ils vont voir les lumières du dernier wagon quitter la gare, et ils resteront sur le quai’ ».

En effet, notre ministre de l’Économie Bruno Le Maire, lors du Franco-german Business Forum qui se tenait le 9 novembre à Berlin, a appelé à ce que l’Eurozone s’unisse contre les deux grandes puissances américaine et chinoise. Qu’on considère que l’Europe doivent défendre ses intérêts face aux autres puissances est louable ; mais que l’on soit incapable d’envisager de nous unir avec les États-Unis, la Chine et d’autres pays afin de construire avec eux les Nouvelles Routes de la soie, ce qui apporterait à l’Europe d’immenses bénéfices (en termes d’emplois, de développement et de relations internationales, y compris sur le plan culturel), est pire qu’une faute, c’est une erreur.